Remplacer un ancien différentiel par un disjoncteur A et AC ne se résume pas à un échange à l’identique. Le choix du type, la vérification du calibre et la position dans le tableau conditionnent directement le niveau de protection réel de l’installation. Voici la méthode pour réaliser cette opération sans reconduire les erreurs de l’existant.
Type A et type AC : une distinction technique qui change le matériel à poser
Un différentiel de type AC ne détecte que les fuites de courant alternatif sinusoïdal. Le type A détecte en plus les courants différentiels pulsés à composante continue, produits par de nombreux appareils modernes.
Les plaques à induction, les lave-linge récents et les chargeurs de véhicules électriques génèrent ce type de fuite. Raccorder ces circuits sur un différentiel AC expose à une absence totale de protection différentielle en cas de défaut réel.
Le type A est obligatoire sur les circuits alimentant ces équipements, le type AC reste admis sur les autres circuits (éclairage, prises standard non dédiées). Poser systématiquement du type A partout est une sur-spécification inutile, mais ne pas en poser là où il le faut est une faute technique.
Interrupteur différentiel ou disjoncteur différentiel : ne pas confondre les deux appareils
Un interrupteur différentiel protège contre les défauts à la terre. Il ne protège pas contre les surcharges ni les courts-circuits : cette protection est assurée par les disjoncteurs divisionnaires placés en aval. Un disjoncteur différentiel combine les deux fonctions en un seul module.
Remplacer un interrupteur différentiel par un disjoncteur différentiel – ou l’inverse – sans adapter le schéma du tableau crée des doublons de protection ou, pire, des zones non protégées. Vérifier la nature exacte de l’appareil en place avant toute commande de matériel.
Calibre du différentiel de remplacement : ne pas copier l’ancien
Reprendre le calibre inscrit sur l’ancien appareil est une erreur fréquente. Ce calibre a pu être choisi par défaut, modifié sans raison technique ou simplement inadapté dès l’origine.
Le calibre nominal du différentiel doit être cohérent avec la somme des courants des circuits protégés et avec la section des conducteurs d’alimentation. Une vérification au tableau s’impose avant toute commande : recenser les disjoncteurs divisionnaires associés, leurs calibres individuels et la section du câble d’alimentation de la rangée.
Un calibre sous-dimensionné déclenche intempestivement. Un calibre surdimensionné ne protège plus correctement les conducteurs amont. Les deux situations sont problématiques, même si la seconde est moins visible au quotidien.
Préparation du chantier avant d’ouvrir le tableau électrique

L’intervention commence obligatoirement par la coupure du disjoncteur de branchement, situé en tête du tableau. Ce disjoncteur appartient au gestionnaire de réseau : on ne le remplace pas, on le manipule uniquement pour couper l’alimentation. Vérifier l’absence de tension sur les bornes du différentiel avec un testeur avant tout contact.
- Tournevis isolés adaptés aux vis de bornes (têtes plates ou cruciformes selon le fabricant) : les bornes mal serrées sont la première cause d’échauffement après remplacement.
- Pince à dénuder et pince coupante pour ajuster la longueur de dénudage si les conducteurs existants sont trop courts ou mal préparés.
- Testeur de tension (VAT ou multimètre en mode AC) pour confirmer l’absence de tension avant et après la coupure générale.
- Peigne d’alimentation ou fil de liaison si le tableau utilise un peigne de distribution : vérifier la compatibilité avec le nouveau module avant l’achat.
Compatibilité avec le tableau existant
Tous les différentiels ne s’installent pas dans tous les tableaux. La largeur en modules (nombre de pas de 18 mm occupés), la hauteur de bornier et la compatibilité avec le peigne d’alimentation dépendent du fabricant du tableau. Legrand, Schneider Electric, Hager et Siemens ont chacun leurs propres peignes et rails. Un différentiel d’une marque peut physiquement entrer dans un tableau d’une autre, mais ne pas s’emboîter correctement sur le peigne – ce qui crée un contact intermittent.
Si le tableau existant ne permet pas d’intégrer un différentiel compatible, la question d’un remplacement partiel ou total du tableau se pose.
Remplacement pas à pas du différentiel dans le tableau
Une fois l’absence de tension confirmée, repérer et photographier le câblage existant avant de déconnecter le moindre conducteur. L’ordre de raccordement (phase, neutre, terre) doit être identique sur le nouveau module.
Déconnecter les conducteurs aval (vers les divisionnaires ou les circuits directs) en commençant par le neutre, puis la phase. Retirer le peigne si présent. Déverrouiller le module de son rail DIN en abaissant l’agrafe arrière avec un tournevis. Sortir l’ancien différentiel.
Emboîter le nouveau module sur le rail DIN, réengager le peigne, puis raccorder les conducteurs dans l’ordre inverse : phase d’abord, neutre ensuite. Serrer les vis de bornes au couple préconisé par le fabricant – un serrage insuffisant est indétectable visuellement mais provoque un échauffement progressif.
Test fonctionnel après raccordement
Réarmer le disjoncteur de branchement. Réarmer le différentiel. Appuyer sur le bouton test (marqué T sur la face du module) : il doit déclencher immédiatement. Si le déclenchement ne se produit pas, le câblage du conducteur de protection (PE) est à vérifier. Réarmer après déclenchement test, puis remettre les divisionnaires en service un par un.
Un différentiel qui ne déclenche pas au test est défectueux ou mal raccordé : ne pas laisser l’installation en service dans cet état.
Répartition des circuits entre différentiel A et différentiel AC
La norme NF C 15-100 impose au moins deux interrupteurs différentiels par logement, dont un de type A et un de type AC, chacun à sensibilité 30 mA maximum. Cette exigence structure la répartition des circuits dans le tableau.
Les circuits alimentant des équipements à électronique de puissance (lave-linge, lave-vaisselle, plaque à induction, pompe à chaleur, chargeur) doivent être regroupés sous le différentiel de type A. Les circuits d’éclairage et de prises générales peuvent rester sous un type AC. Cette répartition doit être documentée sur l’étiquetage du tableau.
- Circuits de type A recommandés : lave-linge, lave-vaisselle, plaques à induction, fours à induction, pompes à chaleur, VMC à variateur, chargeurs de véhicule.
- Circuits admis sous type AC : éclairage, prises générales, convecteurs électriques sans variateur, chauffe-eau à résistance pure.
Si l’ancien tableau ne comportait qu’un seul différentiel pour tous les circuits, le remplacement est l’occasion d’introduire cette séparation. Ajouter un deuxième différentiel implique de réaffecter des divisionnaires d’une rangée à l’autre, ce qui peut nécessiter un peigne supplémentaire et un recalcul de la charge par rangée.
Un tableau dont tous les circuits passent sous un unique différentiel – quelle que soit sa sensibilité – présente un autre défaut : la moindre fuite coupe l’ensemble du logement. La séparation en au moins deux blocs différentiels limite l’étendue d’une coupure et facilite le diagnostic.

